Le carnet de Frédéric Lacroix

Manipulations

Les "fuites" du rapport Taylor-Bouchard présentées en exclusivité par The Gazette en fin de semaine ont causé un bel émoi.

"Ouvrez-vous et fermez-la" résumait Le Devoir.

Selon ces fuites, la crise des accomodements raisonnables serait due aux Québécois francophones, que l'on accuse de "manque d'ouverture" nous rappelant ainsi les subtiles accusations de "tribalisme" et de "nationalisme ethnique" de Trudeau. La charge est tellement outrancière et déconnectée de toute réalité que j'ai comme un soupçon.

S'il s'agissait de la bonne vieille stratégie du ballon d'essai outrancier? On veut faire accepter une idée un peu tordue? On cherche, par exemple, à nier que les francophones pourraient bien avoir raison de s'inquiéter quant à leur avenir? Rien de plus simple, on commence par lancer des "fuites" savamment orchestrées disant qu'en fait les francophones sont responsables de la crise, qu'ils sont fermés, qu'ils ont de mauvaises pensées, etc. Levée de boucliers dans la population. Bon. on recule un peu. On publie ensuite le vrai rapport. Tout le monde s'empresse de pousser un soupir de soulagement à la constatation que le rapport est bien moins pire que ce à quoi on nous a préparé. Par contraste, on trouve l'idée que les francophones n'ont aucune raison de s'inquiéter presque juste. Les protestations s'estompent. La chose est acceptée.

Je parierais que le rapport Taylor-Bouchard sera plus nuancé que ce que The Gazette a présenté, mais restera toujours aussi inacceptable. Mais par contraste, il passera bien mieux.

N'oublions pas que Charest s'est adjoint les hommes de Bourassa l'automne dernier, les mêmes hommes qui ont réussi à garder le Québec dans la prison fédérale et le statu quo après le lac Meech alors que l'indépendance était à 60% et que les francophones étaient quasi-unanimes à vouloir une refonte majeure de la fédération. Détourner tout un peuple de la voie qu'il s'était choisie par la tactique, l'hypocrisie et le mensonge, voilà qui n'est pas un mince exploit.

Pour ces professionnels de l'intrigue, faire accepter un rapport se gargarisant de sémantique et de théories à la mode sera presque un jeu d'enfant. Bien plus facile en tout cas, que de chercher à comprendre vraiment.

Vae victis!

Malheur aux vaincus!

Un article de Robert Dutrisac du Devoir nous apprenait le 6 mai 2008 que le gouvernement du Québec laissait le premier rôle en France au gouvernement Canadian en ce qui concerne le 400 ième anniversaire de la fondation de la ville de Québec qui constitue aussi l'anniversaire de naissance de l'Amérique française. Le gouvernement du Québec se contente de faire de la figuration provinciale et abdique ses responsabilités historiques.

Jean Charest est allé jusqu'à souscrire explicitement au révisionisme fédéral en déclarant qu'il était « fier que le Québec ait fondé le Canada ». Un sundae avec ça?

En affirmant que « la fondation de Québec marque la naissance du Canada » et que "Champlain était le premier Governor-General" du Canada, les fédéraux prétendent établir une filiation ininterrompue entre la colonie française établie en Amérique du Nord en 1608 et le pays actuel. Il est amusant que constater que Harper contredit gaiement les affirmations des ses propres fonctionnaires .

Le but de la manœuvre est transparent : celle-ci est destinée à faire oublier le fait que le Canada actuel est le résultat de la conquête militaire de la colonie française par les britanniques au terme d'une guerre longue et meutrière (combien de milliers de morts?). Il y a une rupture très nette entre Champlain et Michäelle Jean. Le pouvoir est passé du Roi de France à celui d’Angleterre au terme d’une lutte acharnée. Il est ahurissant que constater que la France, qui a été battue, semble prétendre qu’il ne s’est rien passé.

C’est une bataille avec des vrais morts, du vrai sang et des vraies souffrances, qui a permis à Michäelle Jean d’occuper les fonctions qui sont siennes aujourd’hui. L'acte fondateur du Canada moderne est une fosse commune (les soldats tués lors de la bataille des Plaines d'Abraham sont enterrés dans plusieurs fosses communes proche de l’ancien hôpital général de Québec). Voilà la vérité à faire oublier. Si la Canada était réellement né en 1608, pourquoi donc les Québécois francophones voudraient-ils s'en séparer?

Dans cette histoire du 400 ième de Québec comme dans tous les secteurs névralgiques qui intéressent la vie d'un peuple, que l'on parle de langue (imposition du bilinguisme sauce Canadian au Québec), d'éducation (suppression de l'histoire nationale au secondaire), d'économie (laisser-aller complet, vente de nos fleurons industriels, bradage de nos ressources), de démographie (absence de politique familiale) le gouvernement du Québec aidé de celui d'Ottawa est engagé dans une entreprise de déconstruction de notre présence en Amérique.

Depuis 1995 nous assistons à une lente glissade du Québec français vers le néant. Cette glissade est aussi celle du dernier morceau encore vivace de l'Amérique française, qui fût une grande épopée. Les francophones sont maintenant minoritaires à Montréal et ont glissé sous la barre des 80% au Québec. Le triomphe de Durham est à portée de main.

Il nous faut d’urgence un autre Jacques Parizeau.

La langue de la piastre

McGill University vient d’annoncer que sa campagne de financement « Campaign McGill », lancée il y a 6 mois à peine et sensée durer 5 ans, a déjà permis d’amasser 400 millions de dollars, soit plus de la moitié du total prévu (750 M$).

En comparaison, la dernière campagne de financement de l’Université de Montréal avait pris 3 ans pour amasser la moitié seulement de la somme que McGill a amassée en 6 mois, soit 218 millions de dollars.

Il y a des limites à prétendre que Montréal est une ville de langue française alors que les institutions dominantes, les institutions les plus riches, les plus prestigieuses et celles qui connaissent l’expansion la plus rapide sont de langue anglaise.

Les Ministres auront beau faire de beaux discours, la Loi sur les langues officielles du Canada aura beau prétendre que l'anglais et le français sont égaux, reste que la langue de la piastre à Montréal, c’est l’anglais.

Qu'est-ce qu'un chef?

"Quant à moi, qui prétendais gravir une pareille pente, je n'étais rien, au départ. À mes côtés, pas l'ombre d'une force, ni d'une organisation. En France, aucun répondant et aucune notoriété. À l'étranger, ni crédit, ni justification. Mais ce dénuement même me traçait ma ligne de conduite. C'est en épousant, sans ménager rien, la cause du salut national que je pourrais trouver l'autorité. C'est en agissant comme champion inflexible de la nation et de l'État qu'il me serait possible de grouper, parmi les Français, les consentements, voire les enthousiasmes, et d'obtenir des étrangers respect et considération. Les gens qui, tout au long du drame, s'offusquèrent de cette intransigeance ne voulurent pas voir que, pour moi, tendu à refouler d'innombrables pressions contraires, le moindre fléchissement eût entraîné l'effondrement. Bref, tout limité et solitaire que je fusse, et justement parce que je l'étais, il me fallait gagner les sommets et n'en descendre jamais plus."

Charles de Gaulle, "Mémoires de Guerre-L'appel".

Les émissions jeunesse bilingues à Télé-Québec

Si vous avez la chance d’avoir de jeunes enfants, vous connaissez sans doute l’existence des émissions pour enfants « Dora the Explorer-Dora l’exploratrice » et son pendant masculin « Diego », émissions qui sévissent quotidiennement dans le cas de Dora et les dimanche et samedi à 8h30 pour Diego. La particularité de ces émissions américaines, outre la marchandisation à outrance de produits dérivés qui leur est attachée, est d’être bilingue.

Oui, oui, ces émissions jeunesse, qui ciblent les enfants d’âge pré-scolaire, mélangent allégrement les mots anglais aux mots français et les phrases anglaises aux phrases françaises. Il s’agit à mon avis d’une dérive majeure de Télé-Québec qui cadre très bien dans l’offensive généralisée du gouvernement du Québec et du gouvernement d’Ottawa pour faire avancer l’anglais au Québec et faire reculer le français. La sur-valorisation hystérique de l’anglais qui a actuellement cours au Québec nous a donné l’anglais en première année, la suggestion d’enseigner l’histoire en anglais, la bilinguisation généralisée des services gouvernementaux, un nouveau mégahôpital anglais en construction à Montréal, le déclin des cégeps et universités de langue française, l’exclusion des unilingues francophones du marché du travail, et j’en passse. Sans doute est-ce pour préparer nos enfants au Québec de demain, où l’anglais sera la langue dominante, que le Direction de Télé-Québec a programmé ces émissions américaines où l’on prétend ouvrir les enfants au monde, mais où l’on ne propose que l’anglais, l’anglais et toujours l’anglais. Englisch ueber alles! (où sont passées les bonnes vieilles émissions jeunesses québécoises de nos jeunes années???).

Voici une plainte que j’ai adressée à Télé-Québec ainsi que leur réponse (qui ne m’a guère impressionnée).

Objet : Plainte contre la diffusion de l'émission pour enfants « Diego »

Monsieur, Madame,

Par la présente, je désire porter plainte contre l’émission pour enfants intitulée « Diego » diffusée sur les ondes de Télé-Québec les samedis et dimanches matins. Je demande que cette émission soit retirée des ondes car on y utilise un langage inapproprié en mélangeant le français et l’anglais comme s’il s’agissait d’une seule et même langue.

Ceci n'est pas «éducatif», mais est de nature à semer la confusion linguistique dans la tête de jeunes enfants.

Cordialement,

Frédéric Lacroix

OBJET : votre plainte relative à la série DIEGO

Monsieur Lacroix,

Votre plainte datée du 2 avril 2008 nous a été remise pour attention et réponse.

« Nous avons visionné l’épisode diffusé le 1er mars et rencontré les personnes responsables de notre programmation-jeunesse pour discuter du contenu de votre plainte. Tout d’abord, il nous apparaît important de situer cette merveilleuse série destinée aux enfants d’âge préscolaire (2 à 5 ans) dans son contexte. Peut-être êtes-vous également familier avec la série intitulée « Dora l’exploratrice » qui s’adresse davantage aux petites filles. La série Diego - Diego étant le cousin de Dora - s’adresse aux petits garçons du même âge. Ces deux séries ont, entre autres objectifs, de familiariser les enfants à une langue étrangère.

En effet, Diego est une série américaine ludique et interactive dont l’objectif est d’apprendre plein de mots nouveaux aux enfants, de les faire participer, par des mouvements et des sons, aux péripéties du héros, en plus de les sensibiliser à une langue étrangère. Dans la série originale, on sensibilisait les petits Américains à la langue espagnole.

Cette série a été traduite en France, et les passages en espagnol dans la série originale ont été traduits en anglais dans la version française. Mais la série poursuit toujours les mêmes objectifs : enseigner de nouveaux mots, découvrir l’environnement, faire bouger les enfants et les sensibiliser à une langue étrangère.

Cette série fait partie de la liste des séries pour enfants louangées par l’organisme Parent’s Choice (http://www.parents-choice.org/) dont la mission est de fournir aux parents des informations pour les aider à choisir les meilleurs outils afin que leur enfant lise, joue et apprenne plus et mieux et grandisse de façon imaginative tant physiquement, moralement que mentalement.

D’où la présence de mots, de phrases, d’un refrain et même d’une chanson en langue anglaise dans l’épisode diffusé le 1er mars. Cela ne doit pas faire oublier, ou mettre de côté, la richesse du vocabulaire français utilisé, la syntaxe impeccable et la variété des sujets abordés : noms d’animaux (guépard, caïman, perroquet, singe, serpent, tortue de mer, méduse, requin, baleine et baleineau, etc.), moyens de transport (canot, montgolfière, bicyclette) etc.

Vivant en Amérique du Nord, nos enfants auront à composer tous les jours avec la réalité mondiale dont l’anglais est une des langues prédominantes. Demain, ce sera sans doute l’espagnol, après-demain le chinois et/ou l’hindi et sans doute aussi l’arabe et/ou le russe! L’enfant doit se faire l’oreille à ces sons nouveaux avant même d’entrer à l’école.

Depuis plus de trente ans, notre Société est réputée pour la qualité de ses émissions pour enfants pour lesquelles elle déploie beaucoup de recherches, d’énergies, de ressources et de savoir-faire. Nous avons des exigences élevées quant à la qualité de la langue française et ce, autant pour les séries originales que pour celles qui sont traduites. »

Nous espérons que ces explications vous satisferont et nous vous remercions de l’intérêt que vous portez à notre programmation.

Pour : Le directeur général

Affaires juridiques, ressources humaines et services techniques

Par : Danielle Villemaire

Conseillère juridique

Société de télédiffusion du Québec

1000, rue Fullum

Montréal (Québec)

H2K 3L7

Téléphone: 514.521.2424 #2258

Télécopieur: 873.7739

Courriel: dvillemaire@telequebec.tv

L'assaut sur Québec inc.

Jacques Parizeau a fait quelques sorties médiatiques bien senties dans les derniers mois afin de tenter d’alerter l’opinion publique aux dangers du processus de déconstruction des instruments et institutions à vocation économique québécois qui est enclenché depuis quelques années. Ce n’est pas parce que le PQ est dans un coma intellectuel depuis 12 ans que les ennemis du Québec, eux, sont inactifs.

Dans sa conférence présentée au Gesù le 18 février dernier, il s’attardait longuement à la liquidation de la bourse de Montréal, au danger de rachat de la Banque Nationale, au changement de mission de la Caisse de dépôts de placements (le volet «  développer l’économie du Québec » à été rayé par Jean Charest dès son entrée en poste, remplissant ainsi une commande et un fantasme de Bay Street). Les exemples de déstructuration de l’économie québécoise par Ottawa sont, hélas, nombreux, et sont tous fondés sur le principe jadis énoncé par Stéphane Dion « plus ils souffriront économiquement, plus l’appui à l’indépendance va baisser » : pensons à l’industrie aéronautique québécoise, par exemple, qu’Ottawa cherche constamment à délocaliser vers l’Ontario et l’Ouest.

À ces exemples, j’aimerais en rajouter deux peut-être moins connus :

1) Le financement de l’Institut national d’optique (INO), institut de recherche qui emploie plus de 200 personnes à Québec et qui est à l’origine de la création de nombreux emplois bien payés, que le fédéral a essayé de couper l’année dernière. Finalement, devant le tollé, une partie du financement (15 millions de dollars) a été émis à la condition de transformer l’INO en « Centre d’excellence en commercialisation et en recherche », appellation ronflante pour indiquer qu’en échange de ce financement, l’INO devait cesser de créer la totalité de ses emplois à Québec et devait effectuer une expansion « pan-canadienne », ce qui signifie ouvrir des bureaux en Ontario et dans l’Ouest. Une partie des emplois va donc échapper au Québec avec toutes leurs retombées potentielles, la langue de travail va devenir lentement mais sûrement l’anglais et l’INO va cesser de s’identifier comme entreprise « québécoise ». La mentalité fédérale se résume ainsi : les subventions structurantes en recherche, c’est bon pour l’Ontario, mais c’est inacceptable au Québec. Le gouvernement du Québec, qui investit beaucoup dans l’INO, a gardé un silence assourdissant devant ce coup de jarnac asséné à une de nos rares institutions de recherche.

2) Jacques Parizeau déplore le rôle peu glorieux joué par le Mouvement Desjardins dans le dossier de la liquidation de la Bourse de Montréal. On se rappelle que Desjardins a conseillé le Toronto Stock Exchange dans cette transaction. Rappellons-nous que l’arrivée d’Alban d’Amours à la tête de Desjardins en 2000 a signifié un virage du Mouvement vers le Canada anglais; aujourd’hui, 20 % des revenus de Desjardins proviennent du Canada anglais et le but explicite est de les augmenter encore. Conseiller le Toronto Stock Exchange était donc une façon logique de s’attirer les grâces de Bay Street afin de pénétrer le marché canadien. D’autres initiatives visant à plaire au Canada anglais ont vu le jour dans les dernières années : notons que Desjardins a ouvert une succursale « pour les anglophones et les communautés culturelles » sur la rue Peel à Montréal récemment (on y travaille en quelle langue vous pensez???) et a donné beaucoup d’argent à McGill et Concordia University dans les dernières années. Desjardins est tranquillement en train de se muer en institution « Canadian ».

On n’a pas fini de déplorer la fin de Québec inc.

Les erreurs de Pauline Marois

Dans son texte dans Le Devoir du 13 février:

1) Elle affirme qu'il est impossible de "s'ouvrir au monde" en français.

"J’ai aussi dit que, à l’époque où nous vivons, dans la réalité dans laquelle nous plonge la mondialisation, je souhaitais que le monde s’ouvre à tous les enfants du Québec et qu’il n’y ait pas de limite à leurs aspirations. La méconnaissance d’une langue est souvent une barrière importante."

Cet argument est l'essentiel du discours des fédéralistes opposés à la Charte de la langue française; le français est un langue tribale tandis que l'anglais ouvre le monde. Elle rejoint ainsi subtilement les propos de P.E. Trudeau sur le "tribalisme" des "canadiens français".

Le PQ vient ainsi d'accréditer les thèses des adversaires de la Charte.

2) Elle veut "ouvrir les enfants au monde" et elle veut qu'ils deviennent "bilingues, voire trilingues", mais ne propose que l'anglais, qu'elle veut imposer et rendre obligatoire alors qu'il existe une multitude de langues sur la planète. Son "ouverture au monde" se réduit donc à l'ouverture au monde anglo-saxon.

3) Par ailleurs, elle ne comprend pas du tout que mettre autant d'emphase sur l'anglais " bilinguisme individuel" ne peut mener qu'à l'assimilation des francophones dans un contexte de bilinguisme institutionnel massif tel qu'il existe au Québec. Son projet de loi 195 ne s'attaque pas du tout au bilinguisme institutionnel hormis une petite mesure sur la langue de travail donc l'efficacité est douteuse.

Elle donne l'exemple du Lac St-Jean ou des programmes d'immersion anglaise n'ont pas mené à l'assimilation. Bordel, quelle stupidité!!!!

Le vrai problème est bien sûr à Montréal et dans l'Outaouais. Que donneront les programmes d'immersion dans un contexte ou la langue de travail est l'anglais, ou les cégeps et universités anglophones occupent presque la moitié du terrain et prennent de l'expansion, ou le plus gros hôpital à Montréal est anglophone, ou un anglophone gagne toujours plus qu'un francophone, etc? Le PQ peut-il réfléchir à cette question , svp?

Si le plan de Pauline Marois est de fermer l'ensemble des institutions anglophones du Québec (Dawson college, John Abbott, McGill et Concordia University, Bishop's, etc.), de ne pas construire le méga-MUHC, de mettre fin au bilinguisme dans les services publics, alors son plan de mettre l'emphase sur l'anglais individuel aurait effectivement peu d'effets comme au Lac St-Jean.

Mais si elle ne fait pas ça, alors son plan nous mènera vers l'assimilation.

C'est pourtant simple à comprendre?

La novlangue péquiste

Je ne sais pas qui conseille Mme Marois sur la langue (est-ce Jean-François Lisée?), mais jamais chef du PQ n’a autant « scoré » dans son but que Mme Marois dans les derniers jours et jamais chef du PQ n’a exprimé des idées qui sont si diamétralement opposées à toute la logique du mouvement indépendantiste des 40 dernières années, logique qui réclamait (et réclame toujours!) un Québec français et libre. L’on pensait avoir atteint le fond du baril avec André Boisclair, mais André Boisclair se gardait au moins une petite gêne; les idées qu’a exposées Mme Marois dans les derniers jours ne sont pas structurantes, ne possèdent pas de cohérence interne et partent dans tous les sens comme une poule à qui on viendrait de trancher la tête.

Entendra-t-on bientôt des slogans du genre : « Le fédéralisme, c’est l’indépendance », « l’anglais, c’est le français » sortir des officines du PQ? Après cette semaine, je n’en serais plus guère surpris.

Certaines de ces idées, comme celle d’enseigner l’histoire en anglais (!!!) ont l’air d’avoir été soufflées à Mme Marois par des fonctionnaires du conseil privé à Ottawa. D’autres, comme l’imposition des clauses d’accès scolaire de la Loi 101 au cégep, refusée du revers de la main par Mme Marois, ont l'air sorties d'un caucus libéral. Redisons-le encore une fois: franciser les cégeps est une nécessité absolue et constitue un minimum vital pour ralentir l’anglicisation de Montréal.

Mme Marois a enterré l’idée d’indépendance. Un tel geste de la part de René Lévesque avait provoqué le départ de 7 ministres au début des années 1980, mais ne semble pas perturber outre mesure les membres actuels du PQ. Ceux-ci ont probablement conscience que Mme Marois est un chef par intérim, que le parti a été vidé de son sang par Lucien Bouchard, qu’il est exsangue et en convalescence. Si le PQ ne travaille plus à réaliser l’indépendance, il doit travailler à sauvegarder l’avenir; ceci signifie faire en sorte que le poids démographique des francophones au Québec ne soit pas en baisse, mais en hausse, afin que nous gardions le contrôle de notre avenir politique et gardions une chance de remporter un futur référendum, si jamais il devait y en avoir un.

La trahison des élites péquistes

« Marois veut des élèves bilingues » clamait le Devoir du 5 février 2008.

Le première chose qui me vient à l’esprit en lisant cette phrase, c’est l’histoire des franco-américains, ces quelques 900 000 québécois (ou plus!) qui se sont exilés en sol américain tout au long du 19ième siècle et jusqu’au au début des années 1930, qui ont réussi à résister à l’assimilation pendant presque 1 siècle et à établir des paroisses, des écoles, des hôpitaux français, pour finalement disparaître totalement en quelques décennies à partir de la fin de la deuxième guerre mondiale. Les raisons en sont bien connues;

  1. Le réseau d’institutions était trop étroit et trop faible pour permettre à une proportion importante de franco-américains de gagner leur vie en français. Le cadre législatif leur était défavorable. L’anglais langue de travail est devenu irrésistiblement langue d’usage à la maison. Il est impossible de conserver le français comme langue d’usage à la maison à long terme quand on passe 40 heures et plus par semaine à travailler en anglais.
  2. Les enfants nés de mariages exogames avaient l’anglais comme langue maternelle
  3. La pression de l’anglais langue de travail et son prestige firent en sorte que les élites franco-américaines se sont mises à réclamer des écoles « bilingues » en disant que « 2 langues valent mieux qu’une », que « l’anglais est un plus », qu’il faut « être bilingue », etc.. Les écoles franco-américaines devinrent donc progressivement « bilingues », c’est-à-dire qu’une partie de l’enseignement dans les écoles se faisait en anglais. De « bilingues », les écoles sont devenues « anglaises » en peu de temps.

L’assimilation a depuis décimé toute la diaspora de langue française aux États-Unis. Le français est une langue parlée seulement par les personnes âgées.

Les mêmes 3 facteurs cités ci-haut sont maintenant à l’œuvre au Québec; le réseau d’institutions de langue française se bilinguise de plus en plus, les institutions anglaises sont beaucoup plus importantes que ne le justifie la taille de la communauté anglo-québécoise, l’anglais domine dans les mariages exogames, très nombreux à Montréal, et le prestique de l’anglais langue de travail fait maintenant perdre les pédales au leadership péquiste qui réclame que « tous les élèves soient bilingues » et que « le vrai défi qu’on a, c’est que nos enfants sortent de l’école bilingues ». Ce sont là presque mot pour mot les mots d’ordre lancés par les élites franco-américaines de jadis.

Ce qui nous pend au nez, à nous, Québécois, c’est le sort des franco-américains. Notre agonie sera plus longue, bien sûr, mais le processus est le même. Le recensement de 2006, qui montrait pour la première fois depuis 1971 une remontée du poids démographique des anglophones (langue d’usage) et une chute importante du poids démographique des francophones (langue maternelle et langue d’usage), a levé le voile sur ce qui s’en vient. Aucune « revanche des berceaux » ne nous sauvera cette fois-ci.

L’élite péquiste vient de démontrer qu’elle ne comprend rien à la dynamique des langues au Québec et au Canada et qu’elle n’est pas de taille à relever la tâche historique d’arrêter la minorisation des francophones, qui sont rendus dans leurs derniers retranchements et qui se font maintenant assimiler dans leur foyer historique.

Post-scriptum :

À l’intention de l’élite péquiste :

La dynamique linguistique qui a cours au Québec est un mécanisme « push-pull » comme on dit en génie électrique ou bien « mécanisme à rétroaction positive » comme on dit en commande de procédés; 1) le sur-financement des institutions anglaises leur permet de former plein de travailleurs en anglais, travailleurs qui imposent l’anglais « naturellement » dans leurs milieux de travail et 2) la domination de l’anglais dans les milieux de travail, qui s’accroît depuis au moins 15 ans et qui fait en sorte qu’il est beaucoup plus payant d’apprendre l’anglais que le français au Québec, remplit les écoles, cégeps et universités anglaises, qui forment des travailleurs qui imposeront l’anglais dans leurs milieux de travail, etc.

Que tous les « Québécois soient bilingues » signifie en fait que « tous les Québécois doivent parler anglais ». Est-ce là « l’exaltant » projet politique auquel nous convie le PQ, maintenant qu’il a abandonné l’idée d’indépendance?

Pour régler le problème linguistique au Québec, il faut casser la rétroaction, c’est-à-dire : 1) imposer le français comme langue d’étude à tous les cycles et 2) casser la prime à l’anglais qui existe sur le marché du travail montréalais. Pour faire ça, le gouvernement du Québec pourrait par exemple commencer par cesser d’exiger l’anglais dans à peu près la moitié du secteur hospitalier et post-secondaire à Montréal.

Mieux qu'un téléroman!

Tiré de : http://www.vigile.net/La-loi-du-silence-imposee-a-l-OLF

« Je ne cacherai pas que j’ai demandé aux membres de l’Office de s’assermenter », a reconnu Mme Boucher, en entrevue à La Presse.

Interrogé à ce sujet, le président du comité, et aussi membre de l’Office, Simon Langlois, professeur à l’Université Laval, a raccroché précipitamment le téléphone. « Je dois couper la ligne », a-t-il dit.

Membre du comité de suivi, le mathématicien Charles Castonguay, qui analyse le dossier démolinguistique depuis des décennies, a répondu, sibyllin : « Il appartient à cette administration d’expliquer ses façons de faire. »

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